ATD Quart-Monde
Comité de Montpellier
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Mouvement régi par la loi 1901 – Fondation reconnue d’utilité publique en 1971
Organisation Non Gouvernementale reconnue par l’ONU, l’UNESCO, l’OIT et le Conseil de l’Europe

La "Semaine de l'avenir partagé" à la cité des Marels

Premier jour, mardi 3 juillet 2001

Les activités :

Dès 14 h. 30 mn, nous sommes là avec tables et tréteaux et petit matériel. Il fait très chaud et certains enfants sont partis se baigner bien que tout le monde ait été prévenu par des tracts distribués dans toutes les boites aux lettres de la cité. Les ateliers s’organisent et les enfants présents s’impatientent.

A 15 h. 30, nous expliquons le déroulement de l’après-midi. Puisque nous avons pris pour thème les différents pays, nous donnons à chaque enfant un badge circulaire qui représente la terre et sur lequel l’animateur de l’atelier collera une gommette preuve du passage de l’enfant. Cela nous a paru indispensable pour que chacun ait un égal accès à tous les ateliers. Et le coup d’envoi est donné.

Promenons-nous dans la cité :

Il y a la possibilité de participer à l’élaboration d’une grande fresque sur tous les continents en dessinant, coloriant, et découpant personnages, habitations, faune, flore, … Pour aider l’imagination des enfants, Nadine a photocopié de grandes cartes imagées. Marie-F. a apporté des livres.

A côté, Ada (Ada est Américaine), d’un joyeux « Hello » interpelle les enfants qui aiment toujours s’essayer à l’anglais avec elle. Elle a même rapporté du Montana lettres et témoignages de jeunes. Il faut être au moins 3 animateurs pour tenir. Ce sont les dessins, les illustrations qui servent de point de départ à leur intérêt.

• Autour de Nicole et de Laurence accompagnées d’André à la guitare, on peut chanter et faire des rondes. En fait, cet atelier n’a pas très bien fonctionné.

Un atelier de confection de drapeaux a un tel succès que les enfants vont demander à en faire à nouveau les deux jours suivants. La technique est simple, mais pourtant que de maladresse due souvent à la précipitation.

Atelier Informatique : Xavier s’occupait de l’ordinateur, 5 personnes sont venues, une maman et des adolescents. C’était très chouette, pas eu un seul problème. La connaissance de l’informatique est nulle chez eux, et j’ai du tout leur expliquer, la souris, cliquer, ce qu’est un CD-ROM… Ils ont été très attentifs et très intéressés. Ils m’ont même demandé le prix de l’ordinateur, comment aller sur internet…

Le CD-ROM l’enfant sans nom est passé presque inaperçu dans tout cela, c’est plutôt les jeux qui les intéressaient. Ils ont quand même rigolé en entendant le mot Gadjo du début. Il est vrai que l’histoire est presque noyée dans les jeux. Si l’on joue, il est difficile de comprendre l’histoire.

Mais il est 17 heures, les conteuses attendent leur public, un public souvent remuant et prêt à s’envoler à la moindre distraction extérieure. Mais les conteuses, imperturbables, poursuivent en relançant l’attention d’un coup de tambourin. Il y a quelques enfants subjugués qui les dévorent des yeux. Elles posent des devinettes et nous aurons la surprise de constater le troisième jour que Priscilla en a parfaitement mémorisé une. Nous sommes également heureux que certains enfants reconnaissent les conteuses de l’an dernier.

Il est 18 h. et nous rentrons notre matériel dans les garages des habitants de la cité qui acceptent bien volontiers de le garder jusqu’au lendemain.

Les alliés racontent :

Xavier :

"Les conteuses de la fin ont fait leur travail, magnifique, enfin cela est mon avis, mais à voir les enfants assis une heure sans bouger, je crois qu’elles ont réussi leur coup."

Marie-Françoise :

"Dès le début, je suis interpellée par un homme en voiture, prêt à partir. Nous discutons un moment. Il dit qu’il trouve très bien ce que nous faisons. Qu’il s’occupe lui aussi de la cité (la partie haute), pour faire en sorte que tout ce passe bien. Qu’il est dommage qu’il n’y ait rien pour les enfants, que nous sommes les seuls à venir, à agir. Qu’il faut que nous fassions des choses ensemble : il propose d’organiser à la rentrée une journée sur un terrain, pas loin, pour les enfants. Il a des chevaux. Il propose aussi d’organiser une soirée de flamenco, avec nous, pour nous montrer.
Il dit qu’il a fait des photos de la Grappe, avent le départ : les gens dans leurs appartements, en noir et blanc. Peut-être pourra-t-on travailler avec lui à l’idée de Laure de faire une exposition.
Il a des relations à la mairie, …, « mais ne fait pas de politique, ce n’est pas pour lui, il faut avoir de l’instruction ». Il me donne son nom (Jean Scholl, dit « Bébé ») son adresse, son n° de téléphone. Nous nous disons que nous nous verrons à la rentrée, qu’on peut organiser une réunion avec des femmes de la cité, chez lui, pour parler de ce qui serait bon pour les enfants. Je lui dis qu’il faudra qu’ils viennent à nos réunions.

Une grande discussion avec 2 femmes, autour de beaux livres sur Ankor, sur le Saraha. Elles donnent leurs avis : je n’y irais jamais, il fait trop chaud, … La discussion dérive sur leurs connaissances : l’une sait lire, regarde ARTE, connaît des tas de choses. L’autre non. Egalement sur leur culture : l’importance de la famille, la position de la femme, le regard des « gajos » sur les gitans et l’exclusion dont ils souffrent (qu’on ne parle jamais du massacre des gitans au cours de la dernière guerre, par exemple), …

Une autre discussion, avec Maria (qui tenait la buvette à La Grappe) et son cousin : il souhaiteraient qu’on organise une formation à l’euro, de l’alphabétisation, des vacances pour les enfants en été, des sorties pour les enfants, …"


Deuxième jour, mercredi 4 juillet

Les activités :

André, avec sa guitare, parvient à rassembler tous les enfants. Deux d’entre eux rythment les chants avec les tambourins. Tous participent en claquant des mains. L’après-midi commence dans l’enthousiasme.

Deux dames travaillant à l’école gitane nous ont rejoints (l’une est même venue avec son bébé qu’elle n’avait pas réussi à faire garder). Elles proposent un atelier de confection de masques peints aux couleurs des drapeaux de l’Europe. C’est magique ! Nous, les habitués, n’avions pas apporté de peinture, sachant combien les parent redoutaient les éclaboussures dans leur cité neuve ! Mais les extérieurs n’ont pas eu ces scrupules. Et ça marche.

L’atelier d’Ada sur l’Amérique fonctionne bien. Le thème d’aujourd’hui : c’est la journée de l’indépendance aux Etats-Unis.

L’atelier « drapeaux » également.

L’atelier informatique est tenu par Marie-Françoise : il est centré sur le CD de l’enfant sans nom. Nous déroulons l’histoire, en présence d’un ou deux enfants à la fois. Quelques disputes pour être devant l’écran. Quelques remarques aussi : « c’est un gitan! », « il vit dans une caravane », « il a notre accent », …

Hélas, les conteurs ne rencontrent pas l’adhésion du public.L’auditoire se disperse, et ce sont les adultes, nous, qui avons droit aux contes ! Les parents, indifférents, passent sans s’arrêter.Ils voient bien que les parents sont partis, mais personne ne tente de les rattraper. Nathalie, une maman, résume la situation : « les enfants, ils n’aiment que la peinture »… Nous avions oublié qu’ici, les enfants sont les rois !

Les alliés racontent :

Marie-Françoise :

"Aujourd’hui, beaucoup de tension, de difficultés à tenir les enfants, à faire qu’ils se concentrent. A cause du vent ? De notre manque de préparation ?
D’autre part, nous avions laissé des plateaux de tables dans la cour d’une dame. Celle-ci nous dit que le vent a fait tomber les tables sur sa voiture, et un feu rouge arrière est cassé. Il faudrait l’indemniser."


Troisième jour, jeudi 5 juillet

Les activités :

C’est par le chant que l’après-midi commence dans la joie, suivi tout de suite par la dans. Isis, une jeune fille qui a suivi des cours de danse se met à danser et tous la suivent. Laure photographie ces moments de bonheur. Vraiment, les enfants sont excellents. Un tout petit bout de fille, de 4 ans environ, étonne par ses mimiques, son sens du rythme.

L’atelier masque, à nouveau, ne désemplit pas.

Pour la fresque, les animateurs se battent contre le vent. En fin de comptes, la fresque est finie, montrée à quelques uns, mais tout le monde n’a pu la voir : nous ne pouvons la laisser déployée en raison du vent …

L’atelier informatique est à nouveau tenu par Xavier … De nouveau tout s’est très bien déroulé. 5-6 enfants sont venus et ont participé au CR-ROM. La même maman est revenue, elle m’a dit qu’elle aimerait faire un stage de l’Anpe pour de l’informatique et pouvoir apprendre, elle a lu sur l’écran quelque chose, mais ce n’est pas cela.

Les conteuses s’installent : les fidèles auditeurs sont là, attentifs. Nous notons combien les garçons, Jovani et Kévin, d’ordinaire si dispersés, font un grand effort pour trouver la solution des devinettes.

A la fin, un gitan, l’Indien, vient avec un homme jeune de la cité avec sa guitare. Ils jouent, chantent, dansent. Une jeune femme les rejoint. Les enfants se remettent à danser. C’est improvisé, un peu court, mais authentique !
André prend le relais, les enfants chantent, la journée se termine dans l’allégresse.

Les alliés racontent :

Marie-Claire, Marie-Françoise :

"Nous apprenons la réussite au bac d’un des jeunes de la cité. Il se destine à l’enseignement, en électronique je crois. C’est une grande fierté pour ceux qui en parlent (sa cousine, …)."

Xavier :

"Remarques sur le CD-ROM : cCe qui est ressorti de cela c'est que les enfants préfèrent les jeux à tout le reste (il ne faut pas faire de hautes études pour savoir cela). Ce qui veut dire que concrètement, ils ont voulu surtout faire les jeux, ce qui divise tellement l'histoire qu'elle devient difficile à comprendre. Mais des choses chouettes sont sorties, le mot ''gadjo'' du départ a fait sursauter et sourire presque tous, un mot gitan dans un C.D.!
Une fille m'a demandé pourquoi il déchirait la déclaration des droits des enfants. Une autre en lisant cette déclaration, me disait que même les gitans ont les mêmes droits...
Comme le temps est trop court, je n'ai pas pu faire grand chose d'autre. Une maman est restée aussi les deux après-midi pour voir l'ordinateur, elle a dit qu'elle achètera un CD-ROM de l'enfant sans nom, et aussi un ordinateur. Elle aimerait savoir l'employer et pouvoir correspondre avec des gens... Affaire à suivre.
Quant à l'emploi du C.D. pas de difficulté. J'ai quand même eu de la peine la 1e fois à comprendre pourquoi il se passe de la terre sur le visage (qu'il n'ait pas de nom, je m'en rappelais, mais pas qu'il n'ait pas de visage). "

"A la fin un papa est venu pour jouer de la guitare, il a joué deux morceaux, tous les enfants étaient autour de lui et tapaient des mains, et dansaient.
Des mamans ont fait des gâteaux avec l'aide de Stéphane, et nous sommes restés jusqu'à 7 heures pour en manger."

Marie-Françoise :

"A nouveau, discussion, avec l’Indien cette fois. La veille, j’étais tombée sur un ralentisseur, les bras chargés d’un carton encombrant. Il me reconnaît, me demande de mes nouvelles.
Nous sympathisons, et nous discutons, avec 2 autres hommes assis à côté de lui à l’ombre devant leur maison. Il est un peu le chef de la cité, c’est connu. il est apprécié par beaucoup (tous ?) : un jeune passe, il me dit que si quelqu’un a un problème, l’Indien le résout, qu’on lui doit beaucoup. Lui aussi dit qu’il faut faire des choses pour les enfants, c’est la priorité. Il souhaite que nous fassions des choses ensemble. Il me précise (à ma demande) qu’il s’entend bien avec « Bébé ».
Décision est donc prise de nous revoir à la rentrée."


Commentaires des alliés sur l’ensemble de la SAP


Comment gérer cette animosité permanente ?

Nicole :

" Entre les enfants, en premier lieu.
J’ai assisté à la colère d’une mère battant son garçon violemment avec sa propre chaussure pour un différent qui se passait à côté de l’atelier, mais que je n’ai pas compris.
Je pense qu’il faudra revenir et appuyer fortement sur l’affaire de la couverture déchirée pour tenter de leur faire comprendre le respect de l’autre. Ces petites filles ont agi inconsciemment, elles m’ont demandé pardon, mais j’ai bien insisté sue le fait que cela ne me rendait pas ma couverture que j’avais apportée pour eux et à laquelle je tenais (pour le principe …). "

Marie-Claire :

"Je déplore que Geneviève, qui était venue aider, a retrouvé sa banane ouverte. De retour chez elle, elle a constaté que l’argent avait disparu. C’était le dernier jour, rien n’a été fait après. Elle a vécu cela comme une trahison. Preuve est faite qu’il faut rester vigilant dans l’intérêt de tous, des habitants de la cité qui ont droit à leur réputation d’honnêteté comme des intervenants qui ont droit à être respectés."

Notre connaissance des gitans, notre position face à eux :

Nicole :

"J’ai été très désarçonnée par cette SAP. D’abord par ce que je ne connais pas le milieu gitan et que sa mentalité me déroute. Et aussi parce que je pense que c’est un milieu pauvre intellectuellement et psychologiquement, mais pas physiquement. Il semble y avoir du « fric » et c’est peut-être ce qui leur donne cette désinvolture. Cela me gêne en tant qu’ATD."

Marie-Françoise :

"Nous n’avons rien fait pour le feu rouge cassé … A voir à la rentrée.
Beaucoup d’ouvertures cette année, de demandes d’aller plus loin dans notre investissement auprès des gitans de la cité. Cela aussi est un grand chantier pour la rentrée, à rapprocher avec nos réflexions dans le cadre de la démarche de programmation …"

Sur l’organisation des ateliers :

Certains auraient souhaité que les parents participent au projet et à l’encadrement des jeunes. Tout se passe comme s’ils considéraient que les journées de l’avenir partagé, c’est notre boulot. Se croient-ils incompétents ? Sont-ils installés dans une logique d’assistanat ? Mais n’avons-nous pas participé à cet état ? nous avons conçu, choisi les ateliers, organisé sans eux, sans leur en parler, sans chercher à les associer à l’avance. Cela pourrait changer …

Un exemple flagrant est la conclusion que nous aurions aimé donner à ces journées : le partage de gâteaux faits sur place n’a pas été possible, malgré les promesses …

Le système des badges n’a pas mal marché dès le premier jour et nous décidons de le continuer le lendemain.

Le premier jour, l’atelier « chant » a été peu fréquenté et nous avons décidé de commencer le lendemain par des chants afin de rassembler tous les enfants.

Ce principe ayant très bien marché, il a été réitéré le troisième jour. On a enchaîné avec de la danse.
Les chants doivent être accompagnés de danses, de mimes, …
Une présence « virile » est plus efficace : c’est ce qu’a très bien réussi André.

Les ateliers doivent être plus dispersés dans les ruelles, sinon ils se chipent crayons et colle, passent trop facilement de l’un à l’autre en abandonnant ce qu’ils sont en train de faire.


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