31. Qu'il faut oublier toutes les créatures pour trouver le Créateur
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Le fidèle: Seigneur, j'ai besoin d'une grâce plus grande,
s'il me faut parvenir à cet état où nulle créature
ne sera un lien pour moi.
Car, tant que quelque chose m'arrête, je ne puis voler librement
vers vous.
Il aspirait à cette liberté, celui qui disait: Qui
me donnera des ailes comme à la colombe ? et je volerai et je me
reposerai.
Quel repos plus profond que le repos de l'homme qui n'a que vous en
vue ? et quoi de plus libre que celui qui ne désire rien sur la
terre ?
Il faut donc s'élever au-dessus de toutes les créatures,
se détacher parfaitement de soi-même, sortir de son esprit,
monter plus haut, et là reconnaître que c'est vous qui avez
tout fait, et que rien n'est semblable à vous.
Tandis qu'on tient encore à quelque créature, on ne saurait
s'occuper librement des choses de Dieu.
Et c'est pourquoi l'on trouve peu de contemplatifs, parce que peu savent
se séparer entièrement des créatures et des choses
périssables.
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Il faut pour cela une grâce puissante qui soulève l'âme
et la ravisse au-dessus d'elle-même.
Et tant que l'homme n'est pas élevé ainsi en esprit,
détaché de toute créature, et parfaitement uni à
Dieu, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il a est de bien peu de prix.
Il sera longtemps faible et incliné vers la terre, celui qui
estime quelque chose hors de l'unique, de l'immense, de l'éternel
bien.
Tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien, et ne doit être compté
pour rien.
Il y a une grande différence entre la sagesse d'un homme que
la piété éclaire et la science qu'un docteur acquiert
par l'étude.
La science qui vient d'en haut et que Dieu lui-même répand
dans l'âme, est bien supérieure à celle où l'homme
parvient laborieusement par les efforts de son esprit.
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Plusieurs désirent s'élever à la contemplation; mais
ce qu'il faut pour cela, ils ne le veulent point faire.
Le grand obstacle est qu'on s'arrête à ce qu'il y a d'extérieur
et de sensible, et que l'on s'occupe peu de se mortifier véritablement.
Je ne sais ce que c'est, ni quel esprit nous conduit, ni ce que nous
prétendons, nous qu'on regarde comme des hommes tout spirituels,
de poursuivre avec tant de travail et de souci des choses viles et passagères,
lorsque si rarement nous nous recueillons pour penser sans aucune distraction
à notre état intérieur.
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Hélas ! à peine sommes-nous rentrés en nous-mêmes
que nous nous hâtons d'en sortir, sans jamais sérieusement
examiner nos oeuvres.
Nous ne considérons point jusqu'où descendent nos affections
et nous ne gémissons point de ce que tout en nous est impur.
Toute chair avait corrompu sa voie; et c'est pourquoi le déluge
suivit.
Quand donc nos affections intérieures sont corrompues, elles
corrompent nécessairement nos actions et dévoilent ainsi
toute la faiblesse de notre âme.
Les fruits d'une bonne vie ne croissent que dans un coeur pur.
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On demande d'un homme: Qu'a-t'il fait ? Mais s'il l'a fait par vertu, c'est
à quoi l'on regarde bien moins.
On veut savoir s'il a du courage, des richesses, de la beauté,
de la science, s'il écrit ou s'il chante bien, s'il est habile dans
sa profession; mais on ne s'informe guère s'il est humble, doux,
patient, pieux, intérieur.
La nature ne considère que le dehors de l'homme; la grâce
pénètre au-dedans.
Celle-là se trompe souvent; celle-ci espère en Dieu pour
n'être pas trompée.
Site d'origine de cette transcription: http://ijc.reseau.org/
